biographie

A l’origine, Emmanuelle Mason trouva son expression dans la pratique multimédia et explora des médiums comme la photographie et la vidéo, toujours sous forme d’installation, de dispositif immersif ou de performance. En 2006, elle renoua avec le dessin, qu’elle commença à intégrer à sa pratique, jusqu’à ce que celui-ci devienne central dans son travail, mais toujours métissé avec la vidéo ou la photographie. La question de la présence et du corps de l’œuvre reste centrale.

Ses travaux récents interrogent le dessin, le tracé, son rapport au réel, le lien entre le corps de l’œuvre, le corps de l’artiste et celui du spectateur devenu « sujet ». Ainsi, elle présenta à la Novella en 2011 et 2012 des dispositifs numériques qui rejouaient ce rapport entre le corps qui trace et l’espace. Ses œuvres rendaient tangible le lien entre l’art et la vie par le dessin, plongeant le sujet au sein d’une expérience sensorielle et spatiale, à la fois physique et mentale.

Depuis 2010, l’artiste travaille sur une série de dessins intitulés « les natures mortes ». La série comporte une trentaine de petits formats, mélanges de photographies de petits animaux morts glanées au quotidien, d’impression numérique et de dessins à l’encre. Plus récemment, elle s’est initiée à la gravure, technique grâce à laquelle elle confronte la notion de multiple en photographie et la notion de multiple en estampe. Ces dessins mettent en tension le graphique et le photographique, les corps et l’espace, l’image lisse du numérique et le geste du dessin ou de la taille douce. Ces animaux, gisants dans un disparaître diaphane, nous fascinent par leur douceur et leur drame, petits corps oubliés, transcendé par le dessin qui invite à poser sur eux un regard suspendu, qui « vascuralise » leur chair pourtant morte.. Ces « presque rien » tout à coup magnifiés invitent à la contemplation fascinée de notre propre mortalité.

En 2011, elle assistât à différentes séances de dissection et d’autopsie à l’école nationale vétérinaire de Toulouse. De ces séances, elle conserve plusieurs centaines de clichés de grands animaux (vache, âne, chevaux, moutons) équarris. Ces images sont le point de départ de cinq dessins grands formats donc 4 sont présentés ici. Les animaux sont représentés grandeur nature, et impressionnent par leur présence et leur chair. En vitrine, vous pouvez voir le Chant du Cygne, sculpture suspendue réalisée en peau d’oie tannée.

Ces dessins sont à la fois des Vanité, à travers le motif de l’animal, mais en outre, semble réitérer le geste millénaire de l’homme qui peint la silhouette des animaux qu’il chasse ou qu’il cotoie sur la paroi de sa caverne. Car ce travail est aussi une réflexion sur l’animal lui même, sur la sacralité des bêtes, qui de tout temps ont fascinées les hommes et données lieux à des mythes, des poésies, des peintures. L’animal force le respect, par sa beauté, son altérité très particulière et mystérieuse. L’animal incarne et représente la nature, dans tout ce qu’elle a de sublime et d’insaisissable. Or que reste t-il de cette sacralité dans une société qui élève les bêtes en batterie, les mets à mort dans des sanctuaires à l’écart du regard et de la pensée, et où l’on fréquente plus sa chair sous cellophane que sa présence chaude et animée?

Emmanuelle Mason est diplômée des Beaux arts de Paris et agrégée d’arts plastiques. Elle enseigne depuis 2007 dans le département Arts plastiques/Arts appliqués de l’université de Toulouse 2. Elle expose en France et à l’étranger depuis un peu plus de 10 ans, puisqu’elle fut invitée par l’artiste Jean-Luc Parant à exposer pour la première fois lors de l’exposition La Beauté In Fabula en 2000.