Mouches-1-eau-forte-et-burin-15x20-2021.jpg
Mouches-II.jpg
mouches-1-détail.jpg
mouche-II-détail-.jpg
les-cigales-avec-cuvette.jpg
9a520794-c7a5-43bc-aff2-f94090936728.jpg
Un-tiers-paysage.jpg
un-tiers-paysage-détail.jpg
biomorphique-1.jpg
biomorphique-détail.jpg
biomorphique-détail-2.jpg
la-raie-2.jpeg
chimère-.jpeg
araignée-gravure.jpeg
poule-gravure.jpg
gravure-raton.jpg
gravure-mouton-ecorché.jpg
gravure-mesange.jpg
le-bouquet.jpg
bouqet-détail-.jpg
Hyperobjet-1.jpg
détail-hyperobjet-I.jpg
meduse.jpeg
chimère-2.jpeg

Gravures

Je pratique la gravure depuis quelques années, et cette pratique vient compléter ma pratique du dessin. J’ai ouvert en 2013 un atelier d’estampe à l’Université Jean Jaurès.

J’ai commencé cette pratique avec l’intuition que peut être, avoir les mains dans l’encre serait une façon de remettre en branle ma recherche du sens. Pas parce qu’une estampe aurait plus, ou moins, de valeur qu’un dessin, qu’une peinture, qu’un ready-made, qu’une performance. Je me dis que peut être l’objet compte peu. Que ce qui compte, c’est que quand on est pris dans des questions aussi matérielles, techniques, exigeantes, réelles, que celle de la plaque de métal qui résiste, que l’encre qui colle aux doigts, on peut de façon privilégiée avoir accès à cette intelligence très particulière qui est celle de la main, mais surtout du concept opératoire, ce que Deleuze appelait le percept.

Et il est URGENT de non seulement le penser, mais aussi de lever les armes contre le pouvoir démesuré d’un capitalisme  décomplexé, qui repose sur la systématisation de la bêtise, et qui nous jette, littéralement, DANS LE MUR. Et que peut-on opposer à la bêtise si ce n’est le sens? Une étudiante me disait à la fin d’un cours, l’autre jour « en fait, madame, vous levez une armée, n’est-ce pas? ».

Mais revenons en à la gravure. Ce à quoi j’assiste de surprenant à l’atelier, c’est à quel point il est un espace de liberté, d’enthousiasme, d’invention, d’irrévérence et de subversion, même. ça pourrait paraître paradoxale, car la gravure, la sérigraphie, la lithographie, ont cette mauvaise réputation d’être des arts protocolaires, exigent techniquement. « On ne peut pas faire n’importe quoi ». En réalité, en art, on trouve ce paradoxe que la liberté vient parfois de la contrainte. Ce n’est pas pour rien que Matisse a réalisé ses dessins les plus expressifs depuis son lit, en attachant son pinceau au bout d’un long bâton. Très tôt les artistes se sont saisi de la gravure pour créer des oeuvres originales, et non seulement pour reproduire (on pense en premier lieu à Rembrandt par exemple). La gravure à ses origines était certes un média, mais il y eu aussi vite des artistes qui s’en sont saisi comme outil de création.

Car la gravure est un art de révélation, de surprise. L’estampiste ne fabrique pas directement son image, il fabrique une matrice parfois très différente de l’image qu’il produit. Il réalise tout un tas d’opération techniques, mais aussi cognitive, pour fabriquer sa matrice, et en ça il fait, pour moi, de la micro-sculpture plus que du dessin. Ce que l’on verra affleurer, au fond de la cuvette, sur la peau du papier, sera finalement le fantôme de cette sculpture, qui se révèle toujours selon la modalité du choc. En estampe, l’image est toujours l’empreinte De quelque chose, qui existe en chair et en os, et dont je forge la chair et les os.

La gravure est un médium d’alchimie. D’ailleurs, eau-forte, c’est le nom alchimique de l’acide nitrique. Mais ce qui relève de l’alchimie, c’est surtout le temps que l’on passe « en cuisine », à inventer des procédés nouveaux au fur et à mesure de nos besoins, de nos trouvailles. Et en effet, la gravure se pratique dans une temporalité extrêmement longue, qui résiste, et ce temps donné à la main et à la pensée pour s’accorder est un temps précieux, essentiel, pour qui souhaites interroger le monde en interrompant le flux.

Et enfin, c’est un médium de fusion, où l’artiste décomplexé pourra utiliser des procédés ancestraux en même temps que des outils numériques, prendre des empreintes d’asphalte avec un bulldozer en guise presse si ça lui chante, tirer des images à l’aide de poussière si c’est là que son projet le conduit. En ça, je pourrais même me piquer de vous dire que la gravure est un médium DISRUPTIF, concept, s’il en est, à la mode. En tout cas, ce n’est ni le disruptif ni le conservatisme d’une gravure qui en fera la qualité, puisque, je l’ai démontré, ou en tout cas je crois que vous avez compris que mon opinion est que l’art et ses techniques ne sont pas l’objet d’une obsolescence programmée. Ce qui compte, pour moi, c’est que l’artiste, quel que soit armes, soit ancré dans le contexte, dans l’histoire, et qu’il garde la posture si durement gagnée, (à coup de révolutions artistiques, à coup de RSA), de contestataire.